SAINTES SITE ST LOUIS: argumentaire contre le bétonnage privatif

Rédigé par JF Saunoi - 23 novembre 2018

 

Argumentaire synthétique

contre le projet de cession du site Saint-Louis de Saintes

Ancien hôpital de la ville depuis Louis XIV

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Outre le fait que l'aménagement prévu sur le site ne corresponde pas au programme électoral sur lequel M. Machon a été élu en 2014, que le vote obtenu lors du CM du 7/11/18 (20 voix pour sur 35) loin de faire l'unanimité, y compris au sein de la majorité municipale, l'ait été à partir de documents opaques gardés secrets jusqu'au dernier moment et, surtout, qu'il n'y ait pas eu le moindre débat public sur le sujet, le prix de cession de cette opération immobilière purement spéculative s'avère être une très mauvaise affaire pour la ville.

 

Mme Schmidt (Maire de la ville de 2002 à 2008) lui a fait acheter ce bien 4,2M d'€ à l'aide d'un emprunt garanti par l'ancienne Région Poitou-Charentes en contre-partie de la construction de 75 logements sociaux. Dix ans plus tard, Monsieur le revend 1,2M d'€. À noter: tous deux sont ingénieurs des Ponts et Chaussées. Dans l'intervalle, la municipalité a laissé pourrir la situation. Les Domaines n'auraient chiffré que le foncier: 1,17M d'€. Sous couvert de désamiantage et de frais de démolition, les bâtiments existants dont plusieurs sont classés, sont "offerts" à l'acquéreur, le Groupe Bouygues, suivant la procédure d'appel à projet devant donner lieu à la signature d'un compromis de vente «proposé» par l'acheteur, mais dont les annexes sont restées chez le... notaire (cf. SO du 19/11/18). Dès lors, il est permis de se demander sur quoi les conseillers municipaux se sont prononcés.

 

Un simple calcul montre que le M2 au sol est bradé à moins de 60€ et devrait rapporter à la revente en moyenne 2000€ du M2 au plancher (R+3), grâce à la vue imprenable que l'on peut admirer depuis ce superbe belvédère. Aucune étude de marché n'a été présentée établissant que le site serait occupé sinon par des personnes âgées et assez fortunées pour en payer le prix et exiger, le cas échéant, des loyers et des charges exorbitants, ainsi que des services collectifs. Les 58 logements de standing seront commercialisés sous le régime de la Loi Malraux, c'est-à-dire en partie avec nos impôts.

 

Quel bénéfice en tirera la collectivité ? Hormis une taxe d'aménagement de 5%, rien. Les contribuables devront payer toutes les servitudes en plus des 10 millions d'euros déjà dépensés par la ville depuis le déménagement de l'ancien hôpital en 2007 (capital, intérêts, études, sécurisation, réseaux et voiries, parkings publics (payants), ascenseur extérieur donnant sur l'hôtel et le restaurant gastronomique, etc.).

 

Avec cette politique de plus en plus répandue de transferts massifs d'argent public vers le privé, nous, Saintais, allons subir l'aliénation d'un bien qui symbolise notre héritage patrimonial et historique.

Beaucoup y sont nés, d'autres y sont morts.

Nous perdons là une opportunité unique de développer une activité à la fois urbanistique, touristique et culturelle en plein centre-ville, activité dont notre économie a tellement besoin. Par le seul fait du prince, l'idée d'implanter un musée digne d'une ville d'Art et d'Histoire sur et/ou sous ce promontoire a été abandonnée au profit d'une zone étroite et difficilement accessible à proximité de l'amphithéâtre.

Tandis que les parkings devant les grandes surfaces de la périphérie sont gratuits, seulement 200 places de stationnement privatives et payantes sont prévues sur tout le site. Évoquer le programme «Action Coeur de Ville» de l'État dans ces conditions n'est qu'un prétexte fallacieux.

 

Allons-nous laisser faire sans réagir ? La réponses est NON car, en plus de l'aspect économique et financier que nous dénonçons, nous avons d'ores et déjà repéré au moins trois failles majeures dans ce dossier :

-le non-respect du PSMV (Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur) du secteur et des indications contenues dans le PLU – OAP ;

- les fouilles profondes à effectuer selon les conclusions des derniers diagnostics archéologiques;

- la présence sur le site ou à proximité de chauves-souris de la famille des chiroptères, espèce protégée.

Le premier point semble assez évident à la lecture des documents présentés. Il convient en particulier de souligner que le PLU-OAP prévoyait un total de 400 places de parking souterrains et en surface, soit le double d'aujourd'hui.

 

En déclarant que la Mairie paierait les fouilles, après avoir dit l'inverse en commission selon plusieurs témoignages concordants, M. Schmidt s'arroge un pouvoir qu'il n'a pas. Ce travail est de la compétence de l'État (à qui appartient le sous-sol), en l'occurrence la DRAC. La loi veut que celui qui casse, paye. Par affinité avec le Conseil départemental, la mairie souhaitera certainement confier ces fouilles au service départemental d'archéologie. Cependant d'autres acteurs, notamment l'INRAP, sont déjà intervenus sur place. Ils ont tous confirmé l'extrême richesse archéologique du site et la nécessité de creuser plus profond que lors des sondages pour répondre à des questions scientifiques de très grande importance sur notre passé antique, voire protohistorique remontant à nos ancêtres les gaulois, ici les Santons... Or, ni le promoteur retenu, ni le Maire ne veulent qu'on aille fouiller trop profondément dans leurs affaires. Tout en fêtant les 2000 ans de l'Arc de Germanicus à grands frais, ils ne veulent surtout pas perdre une minute pour recouvrir pudiquement ce terrain sous une dalle de béton enterrant définitivement notre histoire dans le royaume des morts. Et qui mieux que Bouygues, le roi du béton, pour cela d'autant que les vestiges des anciens remparts de plusieurs mètres d'épaisseur forment d'excellentes fondations?

 

La présence de chauves-souris est tout aussi intéressante. Ces petites bêtes qui longent la rive de la Charente depuis leur habitat dans les cavités des falaises et les toits des maisons en surplomb, risquent de se rappeler au bon souvenir de ceux qui entendent faire main basse sur les hauteurs de la ville, comme les envahisseurs d'autrefois. Les chauves-souris hibernent et nichent huit mois par an, période au cours de laquelle elles ne doivent pas être dérangées par des travaux. Avec un recul de dix ans, nous avions largement le temps d'y penser avant. Ne serait-ce que pour elles, nous allons monter un rempart (moderne) de contestation et envisager la suite à donner à cette affaire avec la plus grande détermination afin de nous épargner l'irréparable tant en termes patrimonial qu'environnemental.

 

Visiblement, le Maire et son acolyte ne font pas le poids face aux dirigeants et aux avocats d'une multinationale comme Bouygues. Nos intérêts de citoyens ne sont pas défendus. Malgré ses allégations, le compromis de vente que le Maire s'apprête à signer est complètement déséquilibré, tous les avantages revenant à l'acquéreur tandis que la ville devra supporter toutes les contraintes. Il n'y a aucune garantie que Bouygues et ses partenaires feront ce qui est indiqué dans leurs plaquettes et autres supports de communication. L'acquisition, en plus du quadrilatère central, de 3 appendices de terrain: place du 11 novembre, rue Cabaudière et à l'entrée nord du site, laisse présager qu'un jour, il pourra être fermé au public, pour des raisons de sécurité par exemple. La rétrocession au domaine public de tout ou partie de la voirie, telle que mentionnée par M. Schmidt en CM, n'est nulle part documentée. S'il s'agit des voies de circulation et des espaces verts, les contribuables devront, là encore, en supporter les coûts d'entretien.

 

La cinquantaine d'emplois potentiels envisagés lorsque les nouveaux bâtiments seront livrés, soit dans quatre ou cinq ans (dans le meilleur des cas), sont pour la plupart des emplois peu qualifiés.

Pompeusement destiné à «réinventer les mobilités sur l'axe Est/Ouest», le parcours touristique (montant) envisagé ignore le Cours National, la plupart du secteur piétonnier et l'Avenue Gambetta, ce qui prouve que les concepteurs du projet sont étrangers à notre ville. Pour eux, le petit Leclerc est un élément cultureldu patrimoine de la ville, ce qui promet au «pavillon à destination culturelle» de 200 M2 une tenue beaucoup plus commerciale qu'éducative. Ce mépris pour les habitants, démontre que les promoteurs de ce projet préfèrent les rentiers aux visiteurs. Les commerçants apprécieront d'autant plus que, malgré un centre-ville sinistré, des locaux commerciaux supplémentaires sont prévus au milieu de constructions sur lesquelles il sera difficile de conserver une quelconque maîtrises sur les choix architecturaux.

 

Ainsi, devrions-nous assister impuissants à la défiguration définitive et à la spoliation de notre patrimoine pour des intérêts particuliers ? C'est totalement inacceptable. En octroyant aux bonnes sœurs la propriété de ce haut lieu du pouvoir impérial et militaire multiséculaire pour y implanter un hôpital afin d'y soigner les pauvres et les malades, même Louis XIV n'avait pas osé...

 

Merci. JFS

 

Classé dans : Société, Démocratie, Saintonge Romane - Mots clés : aucun

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