LE DEUIL ET L’OUTRANCE

Rédigé par JP Négrel - 15 septembre 2008

Salut l’Abbé ! On vous aimait bien, vous savez. Brel l’aurait chanté. Et vous auriez peut-être poursuivi par « j’veux qu’on rie, j’veux qu’on danse, quand on me mettra dans l’trou » 
Non, on ne rie pas, on ne danse pas durant cet hiver dans les rues glaciales de cette France du XXIe siècle. Cette France qui n’a jamais été aussi riche. Et ces Français qui, depuis bien longtemps, n’ont jamais été aussi nombreux à être aussi pauvres. 
 
Et tout là-haut, vacancier éternel,  ironique certainement, amer peut-être,  vous contemplez la grande  Comédie Humaine qui se poursuit ici-bas. La libre parole évoque un flot de larmes de crocodiles. Au-delà de la vraie tristesse, un flot unanime de pleurs obligés, d’encensements hypocrites et d’éphémères  compassions. Oui, feignant  de découvrir, soudain émus, la misère qui crève, l’exclusion qui détruit, ils font tous mine de faire  grise mine , ces tristes humanistes de comédie, de sincérité douteuse, agents  zélés des requins qui dépècent l’Humanité toute entière. Promoteurs éclairés,et  défenseurs infatigables par médias complices interposés,de cette nouvelle économie, nouvelle Vérité Révélée, qui prêche chaque jour qui passe afin que nous acceptions tous d’aller toujours plus bas avec toujours moins. Le froid n’est pas que dans les rues. 
Glacial, il se tapit là aussi, dans les calculs des technocrates de la finance pour qui nous ne sommes que des variables d’ajustement boursier. Il est dans l’indifférence de ces notables, gesticulateurs télévisés, grands chevaliers du Droit , défenseurs de l’Ordre et de la Morale, décapeurs de la délinquance, en infraction avec leurs propres lois, bâtisseurs du vide refusant de construire  pour ce et ceux qui « feraient tache » parmi leurs luxueuses villégiatures. 
Voilà, l’Abbé, où nous en sommes, 53 ans après que vous ayez lancé votre coup de gueule mémorable ! Toujours plus large et profonde est la fracture,toujours plus nombreux sont nos semblables en chute libre dans le terrible vide de la rue. Fort heureusement, il n’y a plus de place dans les suites luxueuses des palaces climatisés. 
Reposez-vous l’Abbé, mais tout de même, vous avez l’éternité devant vous. Alors si vous le pouvez, de temps en temps,donnez-nous un petit coup de main depuis là-haut. Car, écoutez bien ce qui se dit. Certains discours nous promettent encore pire, derrière  de grandes et généreuses déclarations suscitées par un deuil passager ou un programme en trompe l’œil. 
 
JPN
 

Classé dans : Société - Mots clés : Humaniste

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